MacroCosmos septembre-octobre 2026

41 L a nébuleuse d’Orion est sans doute la nébuleuse la plus connue, et pourtant, de nouvelles découvertes continuent d’émerger grâce à des observations réali- sées sur l’ensemble du spectre électroma- gnétique. Longtemps reconnue comme une région de formation stellaire intense, elle a été étudiée par des astronomes utilisant le Very Large Array (VLA) de la National Science Foundation. Ces derniers ont résolu l’émission d’hydrogène atomique neutre, ce qui permet de mieux comprendre com- ment les jeunes étoiles d’Orion façonnent leur environnement. L’équipe d’astronomes, dirigée par Juan D. Soler de l’Université de Vienne, a utilisé le VLA, exploité par les National Radio Astro- nomy Observatories, pour obtenir des ob- servations à haute résolution de l’émission d’atomes d’hydrogène neutre (HI), détec- tée comme une faible émission radio à une longueur d’onde de 21 centimètres. Carto- graphier cette émission à haute résolution angulaire est complexe, mais la conception interférométrique du VLA lui permet de ré- soudre la structure des régions de forma- tion stellaire proches et s’est donc révélée être l’instrument idéal pour cette tâche, ex- plique Soler. « Le VLA est un instrument vé- ritablement unique : il est crucial, car il offre la meilleure résolution que nous puis- sions obtenir dans l’HI depuis l’hémisphère nord ; aucun autre instrument ne peut éga- ler cette résolution. » Lorsque Soler et son équipe ont observé les profondeurs de la nébuleuse d’Orion, ils se sont concentrés sur une bulle en expansion, formée de jeunes étoiles, déjà identifiée. Ces observa- tions précédentes utilisaient des traceurs tels que le CII comme indicateur d’hydro- gène, et permettaient d’estimer la masse associée à la formation stellaire. Grâce à l’observation directe de l’HI, l’équipe de Soler a pu estimer la masse de la bulle avec une précision accrue, améliorant les me- sures d’un facteur dix. « Mesurer la masse est cr ucial, − explique Soler − car cela nous renseigne sur l’effica- cité avec laquelle ces étoiles nouvellement formées façonnent leur environnement par vent stellaire et rayonnement. » De plus, les données obtenues par l’équipe de Soler cartographient également l’hydrogène atomique neutre dans les vastes nuages moléculaires de la nébuleuse d’Orion. Soler décrit ainsi cette interrelation : « Parler de nuages moléculaires sans mentionner l’hy- drogène atomique neutre (HI) c’est comme parler des îles sans jamais mentionner la mer. Il s’avère qu’à mesure que nous obser- vons la mer, nous découvrons des phéno- mènes comme cette bulle qui structure et relie ces nuages moléculaires. Nous les ima- ginons comme des objets distincts, et non comme des îles complètement isolées ; en réalité, ils s’apparentent davantage à des archipels » . Ces résultats, publiés dans Astronomy & As- trophysics , sont les premiers d’un projet plus vaste appelé Neutral Atomic Hydrogen in the Solar Neighborhood (NeAtHood), qui vise à poursuivre l’observation d’autres nuages moléculaires proches, situés dans des régions de formation stellaire visibles depuis l’hémisphère nord, afin de produire des cartes d’HI avec une résolution de l’or- dre de la minute d’arc. Soler examine les possibilités d’observations futures, tant dans le cadre de ce programme qu’au-delà, déclarant : « [La bulle] est le genre de chose qui devrait être là, mais nous ne nous at- tendions pas à la voir aussi clairement. Je me demande donc quelles autres surprises se cachent dans les données ? Et, à l’avenir, le VLA de nouvelle génération (ngVLA) ci- blera des régions encore plus éloignées de la Voie Lactée. » É mission radio d’atomes d’hydrogène neutre en direction de la nébuleuse d’Orion, la région de formation d’étoiles massives la plus proche. Les couleurs rouges représentent l’émission à 21 cm de l’hydro- gène, résolue pour la première fois avec ce niveau de détail grâce aux observations du projet Neutral Atomic Hydrogen in the Solar Neighborhood (NeAtHood), dirigé par Juan Diego Soler de l’Université de Vienne. Les couleurs cyan représentent l’émission de poussières interstellaires chaudes en lu- mière proche infrarouge. [Juan D. Soler, University of Vienna, with data from the NSF NRAO NSF VLA and NASA’s Wide-field Infrared Survey Explorer (WISE)] !

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