MacroCosmos mai-juin 2026
7 MAI-JUIN 2026 ASTRO PUBLISHING pour découvrir que l’expansion de l’univers s’accélère au lieu de ralentir. Pour expliquer ces observations, un nouveau type de phénomène res- ponsable de l’expansion accélérée de l’univers a été proposé : l’énergie sombre. Les astrophysiciens estiment aujourd’hui que l’énergie sombre re- présente presque 70 % de la densité de masse-énergie de l’univers. Ce- pendant, nous la connaissons encore très peu. Au cours des années sui- vantes, les scientifiques ont com- mencé à concevoir des expériences pour étudier l’énergie sombre, y compris DES. Aujourd’hui, DES est une collaboration internationale re- groupant plus de 400 astrophysiciens et scientifiques issus de 35 institu- tions réparties dans sept pays, sous l’égide du Fermi National Accelerator Laboratory du département de l’Énergie des États-Unis. Pour leurs derniers résultats, les scientifiques de DES ont considéra- blement amélioré les méthodes uti- lisant l’effet de lentille gravitation- nelle faible afin de reconstruire avec précision la distribution de la ma- tière dans l’univers. L’effet de lentille gravitationnelle faible correspond à la distorsion de la lumière provenant de galaxies lointaines, due à la gra- vité de la matière interposée, comme les amas de galaxies. Pour ce faire, ils ont mesuré la probabilité que deux galaxies soient séparées par une cer- taine distance, ainsi que la probabi- lité qu’elles subissent une distorsion similaire due à cet effet. En recons- truisant la distribution de la matière sur six milliards d’années d’histoire cosmique, ces mesures de lentille gra- vitationnelle faible et de distribution des galaxies permettent aux scienti- fiques de déterminer la quantité d’énergie noire et de matière noire présente à un instant donné. Dans le cadre de cette analyse, DES a com- paré deux modèles de l’univers à ses propres données. Il existe le modèle cosmologique standard actuellement P age précédente : le télescope Víctor M. Blanco de 4 mètres bénéficie d’un accès privilégié au vaste ciel dégagé des Andes chiliennes depuis son emplace- ment à l’Observatoire interaméricain de Cerro Tololo (CTIO), un programme du NSF NOIRLab. En haut à gauche du télescope se trouve l’« étoile du soir », la pla- nète Vénus. En bas à gauche se trouvent le télescope SMARTS de 1,5 mètre et le télescope SMARTS de 0,9 mètre (plus en retrait). À l’intérieur du dôme argenté du télescope Blanco se trouve la caméra à énergie sombre (DECam), montée au foyer primaire, près du sommet de la structure blanche de Serrurier. La structure bleue en forme de U qui soutient le treillis est le grand roulement qui fait tourner le té- lescope vers la position d’observation souhaitée. DECam a été mise en service le 12 septembre 2012 et, en plus de 10 ans de fonctionnement, elle a apporté des contributions notables à l’astronomie. Elle a été conçue spécifiquement pour le Dark Energy Survey, mené par le département de l’Énergie et la National Science Foundation de 2013 à 2019. Durant cette période, DECam a catalogué près d’un milliard d’objets, contribuant ainsi à la création de la plus grande carte du ciel nocturne jamais réalisée. [CTIO/NOIRLab/NSF/AURA/T. Matsopoulos] nuits, réparties sur six ans, DES a en- registré des données provenant de 669 millions de galaxies situées à des milliards d’années-lumière de la Terre, couvrant un huitième du ciel. La collaboration DES a maintenant publié les résultats qui, pour la pre- mière fois, combinent les données re- cueillies pendant six ans issues de relevés de lentilles gravitationnelles faibles et de regroupements galac- tiques, deux techniques permettant de mesurer l’histoire de l’expansion de l’univers. Elle présente également les premiers résultats combinant les quatre méthodes de mesure de cette histoire (oscillations acoustiques ba- ryoniques, ou BAO, supernovae de type Ia, amas de galaxies et lentilles gravitationnelles faibles), telles qu’elles ont été proposées au lance- ment du projet DES il y a 25 ans. L’ar- ticle, soumis à Physical Review D , synthétise 18 articles à l’appui. « C’est un sentiment incroyable de voir ces résultats, basés sur l’ensemble des données et des quatre relevés prévus par DES. C’était un rêve que je n’osais même pas imaginer lorsque DES a commencé la collecte de données, et aujourd’hui, il est devenu réalité » , déclare Yuanyuan Zhang, astronome assistante au NSF NOIRLab et mem- bre de la collaboration DES. Cette analyse apporte de nouvelles contraintes, plus rigoureuses, aux modèles possibles du comportement de l’univers. Ces contraintes sont plus de deux fois plus strictes que celles is- sues des analyses DES précédentes, tout en restant cohérentes avec les résultats du DES. « Ces résultats ap- portent un éclairage nouveau sur notre compréhension de l’univers et de son expansion » , a déclaré Regina Rameika, directrice adjointe du Bu- reau de la physique des hautes éner- gies au sein du Bureau des sciences du département de l’Énergie (DOE/ SC). « Ils démontrent comment un in- vestissement à long terme dans la re- cherche et la combinaison de diffé- rents types d’analyses peuvent ap- porter des éclairages sur certains des plus grands mystères de l’univers. » Les premiers indices de l’existence de l’énergie sombre ont été découverts il y a environ un siècle, lorsque des astronomes ont constaté que les ga- laxies lointaines semblaient s’éloi- gner de nous. En effet, plus une ga- laxie est éloignée, plus elle s’éloigne rapidement. Ceci a fourni la pre- mière preuve fondamentale de l’ex- pansion de l’univers. Cependant, comme l’univers est imprégné de gravité, une force qui attire la ma- tière, les astronomes s’attendaient à ce que l’expansion ralentisse avec le temps. Puis, en 1998, deux groupes indépendants de cosmologistes ont utilisé des supernovae lointaines
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