MacroCosmos mars-avril 2026

35 MARS-AVRIL 2026 ASTRO PUBLISHING l’étoile. Le système de Fomalhaut semble traverser une période de bou- leversements dynamiques, semblable à celle qu’a connue notre système so- laire durant ses premières centaines de millions d’années après sa forma- tion. « C’est assurément la première fois que nous observons un point lu- mineux apparaître soudainement dans un système exoplanétaire » , a déclaré Paul Kalas, chercheur princi- pal à l’Université de Californie à Ber- keley. « Ce point est absent de toutes nos images précédentes de Hubble, ce qui signifie que nous venons d’as- sister à une violente collision entre deux objets massifs, à l’origine d’un immense nuage de débris, sans équi- valent dans notre système solaire au- jourd’hui. Incroyable ! » Située à seulement 25 années-lu- mière de la Terre, Fomalhaut est l’une des étoiles les plus brillantes du ciel nocturne. Située dans la constel- lation du Poisson austral, Fomalhaut est plus massive et lumineuse que le Soleil et est entourée de plusieurs ceintures de débris poussiéreuses. En 2008, grâce au télescope spatial Hubble, des scientifiques ont décou- vert une exoplanète potentielle au- tour de Fomalhaut, ce qui en aurait fait le premier système stellaire avec une planète potentielle détectée grâce à la lumière visible. Cet objet, nommé Fomalhaut b, apparaît au- jourd’hui comme un nuage de pous- sière ayant donné l’illusion d’une planète, résultant de la collision de planétésimaux. Lors de récentes ob- servations du télescope Hubble à la recherche de Fomalhaut b, les scien- tifiques ont été surpris de découvrir un second point brillant à proximité de l’étoile. Ils l’ont nommé « source circumstellaire 2 » ou « cs2 », tandis que le premier est désormais connu sous le nom de « cs1 ». La raison pour laquelle les astronomes observent ces deux nuages de débris si proches l’un de l’autre reste un mystère. Si les col- lisions entre astéroïdes et planétési- C ette illustration représente la séquence d’événements qui a conduit à la for- mation du nuage de poussière cs2 autour de l’étoile Fomalhaut. [NASA, ESA, STScI, R. Crawford (STScI)] ! co-auteur de l’étude et chercheur à l’Université de Cambridge, en Angle- terre. « Nos estimations indiquent que les planétésimaux détruits pour créer cs1 et cs2 ne mesurent que 30 km de diamètre, et nous en dédui- sons qu’il existe 300 millions d’objets de ce type en orbite autour du sys- tème de Fomalhaut. » « Ce système constitue un laboratoire naturel pour étudier le comporte- ment des planétésimaux lors des col- lisions, ce qui nous renseigne sur leur composition et leur formation » , pré- cise Mark. La nature éphémère de Fomalhaut cs1 et cs2 pose des défis aux futures missions spatiales visant à imager directement les exopla- nètes. De tels télescopes pourraient confondre des nuages de poussière comme cs1 et cs2 avec de véritables planètes. « Fomalhaut cs2 ressemble trait pour trait à une exoplanète re- flétant la lumière stellaire » , a fait re- marquer Paul. « L’étude de cs1 nous a appris qu’un vaste nuage de pous- sière peut se faire passer pour une planète pendant de nombreuses an- nées. C’est un avertissement pour les futures missions visant à détecter les exoplanètes en lumière réfléchie. » maux étaient aléatoires, cs1 et cs2 devraient apparaître de manière aléatoire et sans lien entre elles. Au contraire, ils sont curieusement posi- tionnés l’un près de l’autre le long du bord intérieur du disque de débris ex- terne de Fomalhaut. Autre mystère : pourquoi les scientifiques ont-ils ob- servé ces deux événements en si peu de temps ? « Une théorie antérieure suggérait qu’une collision devait se produire tous les 100000 ans, voire plus. Ici, en 20 ans, nous en avons ob- servé deux » , explique Paul. « Si l’on disposait d’un film des 3000 dernières années, accéléré de sorte que chaque année ne représente qu’une fraction de seconde, imaginez le nombre d’éclairs que l’on observerait. Le sys- tème planétaire de Fomalhaut serait embrasé par ces collisions. » Les collisions sont cruciales pour l’évolution des systèmes planétaires, mais elles sont rares et difficiles à étu- dier. « Ce qui est passionnant avec cette observation, c’est qu’elle per- met aux chercheurs d’estimer à la fois la taille des corps en collision et leur nombre dans le disque, des informa- tions presque impossibles à obtenir autrement » , explique Mark Wyatt,

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